Le tarot de Marseille

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Un tirage de cartes avec le tarot de Marseille

Au dix-huitième siècle, un type bien particulier de tarot s’est largement répandu en France. Devenu populaire, il sera appelé tarot de Marseille, ce qui a laissé croire que c’est de cette ville qu’il était originaire.[1] En réalité cette dénomination tardive est trompeuse car, comme nous le verrons, ce modèle a été conçu dans une autre ville, hors de France.[2] S’il a principalement servi à jouer aux cartes, ce sont d’autres usages qui ont fait la renommée du tarot de Marseille. La série de vingt-deux atouts qui le caractérise a en effet suscité l’intérêt hors de l’univers du jeu. Dès la fin du dix-huitième siècle, des savants et des érudits se sont interrogés sur ces images et ont émis des hypothèses quant à leur origine, les attribuant tour à tour aux Égyptiens, aux Arabes, aux Indiens, aux Bohémiens, aux compagnons bâtisseurs de cathédrales, aux hérétiques Cathares, à la tradition alchimique… Certains ont émis l’hypothèse qu’elles constituaient le recueil occulte d’une sagesse ancienne. Dans le même temps, le jeu est rapidement devenu l’outil privilégié des diseurs de bonne aventure. La fascination que ces atouts ont exercée sur les occultistes et les cartomanciens tient essentiellement à la présence, dans ces images, de nombreuses figures allégoriques et symboliques issues de traditions apparemment hétéroclites. Le Christianisme y est représenté, avec le Pape, mais la Papesse laisse perplexe ; on y reconnaît, aux quatre coins d’une mandorle, le Tétramorphe biblique mais en son centre se tient, à la place du Christ, un androgyne dévêtu ; les symboles astrologiques et alchimiques y abondent, mais aussi des figures de la mythologie et de la philosophie antiques. Ce foisonnement, de nature à brouiller les pistes, a longtemps rendu problématique l’identification de l’origine du tarot de Marseille et son interprétation. En réalité, comme nous le verrons, il en était la clef.

[1] Dans ce site, j’utilise le modèle signé par Nicolas Conver, gravé en 1760, dont les figures sont plus proches du modèle original aujourd’hui perdu. Pour un aperçu de différents exemples de la tradition du tarot de Marseille, voir Daniel Grütter, Walter Haas, Max Ruh, Schweizer Spielkarten 2. Das Tarockspiel in der Schweiz. Tarocke des 18. und 19. Jarhunderts, Schaffhouse, Sturzenegger Stiftung Schaffhausen / Museum zu Allerheiligen Schaffhausen, 2004, p. 118-139, 146-179.

[2] Depuis les travaux fondamentaux de Sylvia Mann et Michael Dummett, il ne fait plus aucun doute que la famille des tarots dits « de Marseille » prend sa source dans l’Italie de la Renaissance. Cf. Michael Dummett, The Game of Tarot, from Ferrara to Salt Lake City, Londres, Duckworth, 1980, p. 407-417 ; Idem, Il mondo e l’angelo. I tarocchi e la loro storia, Londres, Bibliopolis, 1993, p. 307-417. Voir aussi Thierry Depaulis, Tarot, Jeu et Magie, Paris, Bibliothèque Nationale, 1984, p. 71-73 ; Idem, «Le tarot de Marseille», in Cartes à jouer et tarots de Marseille. La donation Camoin, Marseille, Alors hors du Temps, 2004, p. 125-133. Idem, Le Tarot révélé. Une histoire du tarot d’après les documents, Freibourg im Breisgau, Musée Suisse du Jeu, 2013, p.39.

2 Réponses à “Le tarot de Marseille

  • Bonjour Christophe,

    Comment pouvez-vous dire que les figures du tarot de nicolas conver (dont yves reynaud a révélé il y a peu qu’il n’en est pas l’auteur – d’où votre subtil usage du terme « signé ») sont plus proches du modèle original aujourd’hui perdu?
    Outre la confusion et l’illusion (du tarot original) engendrés par cette idée, comment peut-on déduire une parenté avec un modèle qui n’existe « plus » et que personne n’a jamais vu?
    Je ne comprends pas.

    Merci de votre réponse.

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